Sorties de la semaine | 07.01.2026
UN VOLEUR SUR LE TOIT
Sortie dans les salles de cinéma
Aigle | Vevey
« Un homme ordinaire, un mode opératoire improbable, et une liberté à bout de souffle. »
Avec Roofman, Derek Cianfrance revient à ce qu’il sait faire de mieux : des portraits humains, fragiles, traversés par le doute et la solitude. Loin d’un film de braquage classique, le réalisateur signe ici une chronique douce-amère inspirée de faits réels, où l’étrangeté du parcours compte autant que l’homme qui le traverse.
Channing Tatum incarne ce personnage improbable avec une retenue surprenante. Exit la performance démonstrative : il compose un homme discret, intelligent, profondément seul, dont les choix déroutent autant qu’ils interrogent. Son jeu tout en nuances rend crédible ce marginal moderne, à la fois ingénieux et prisonnier de sa propre fuite.
À ses côtés, Kirsten Dunst apporte une présence essentielle, lumineuse et inquiète à la fois. Elle incarne un point d’ancrage émotionnel, une possibilité de lien, de normalité, face à un homme incapable de rester en place. Leur relation, fragile et déséquilibrée, donne au film une profondeur inattendue, loin des schémas habituels.
La mise en scène de Cianfrance privilégie l’intime à l’action. Les toits, les espaces vides, les lieux anonymes deviennent des territoires mentaux, des refuges temporaires plus que de véritables échappatoires. Roofman parle moins de fuite que d’enfermement, moins de liberté que de fatigue d’exister dans un monde trop étroit.
Ce qui rend le film particulièrement touchant, c’est son regard sans jugement. Roofman ne cherche ni à glorifier ni à condamner. Il observe, avec empathie, un homme qui tente de vivre autrement, sans jamais vraiment savoir comment s’y prendre.
Un film singulier, mélancolique, porté par un réalisateur et des acteurs qui osent la retenue. Une œuvre qui interroge la marginalité, le besoin d’échapper aux règles, et cette question persistante : jusqu’où peut-on fuir sans se perdre soi-même ?
#Roofman #UnVoleurSurLeToit #ChanningTatum #KirstenDunst #FilmInspiréDeFaitsRéels #PortraitHumain #Marginalité #Drame #CinémaAméricain
FATHER, MOTHER, SISTER, BROTHER
Sortie dans les salles de cinéma
Montreux | Vevey
« Une famille, quatre points de vue, et tout ce qui ne se dit jamais. »
Avec Father Mother Sister Brother, Jim Jarmusch signe un film profondément personnel, construit comme une mosaïque intime autour de la cellule familiale. Fidèle à son cinéma du temps long et des silences habités, il découpe le récit en chapitres, chacun centré sur une relation, un lien, une manière d’aimer, ou de s’en éloigner.
Le film ne cherche ni le conflit spectaculaire ni la révélation fracassante. Il observe. Il écoute. Il laisse les personnages exister dans leurs maladresses, leurs solitudes, leurs tentatives de rapprochement. Jarmusch filme la famille comme un espace fragile, fait de gestes minuscules, de paroles retenues, de souvenirs qui pèsent plus lourd que les événements eux-mêmes.
Le casting apporte une densité remarquable à cette chronique familiale. Adam Driver impressionne par sa capacité à faire exister les failles sans jamais les souligner, tandis que Cate Blanchett apporte une présence à la fois forte et distante, parfaitement accordée à l’univers du réalisateur. Chacun des interprètes semble trouver sa place dans ce cinéma de la retenue, où un regard compte parfois plus qu’un dialogue.
Visuellement, le film adopte une élégance épurée. Les cadres sont simples, précis, presque immobiles, laissant toute la place aux visages et aux silences. La musique, discrète, accompagne le récit sans jamais l’envahir. Tout concourt à créer une atmosphère douce-amère, mélancolique, profondément humaine.
Father Mother Sister Brother parle de transmission, de ce que l’on reçoit sans l’avoir choisi, et de ce que l’on transmet malgré soi. Il évoque la distance entre les générations, la difficulté de se comprendre, mais aussi cette impossibilité de rompre totalement les liens, même lorsqu’ils font mal.
C’est un film exigeant, mais d’une grande délicatesse. Un cinéma qui ne cherche pas à séduire, mais à toucher juste. Un film qui résonne longtemps, parce qu’il parle de ce que nous connaissons tous, la famille, sans jamais la figer dans un modèle ou un discours.
#FatherMotherSisterBrother #JimJarmusch #FilmChoral #Famille #CinémaIndépendant #AdamDriver #CateBlanchett
CECI EST MON CORPS
Sortie dans les salles de cinéma
Aigle | La Sarraz | Martigny | Monthey | Orbe | Vevey
« C’est plus qu’un témoignage : c’est reprendre son histoire, un plan après l’autre. »
Il y a des films qui marquent par leur force narrative, et d’autres qui touchent par leur vérité — Ceci est mon corps appartient à cette seconde catégorie. Réalisé à la première personne, ce documentaire n’est pas une enquête extérieure : c’est un acte de mémoire, une reconstruction intime et profondément courageuse d’une vie que le trauma avait fragmentée.
Le film nous plonge dans le parcours d’un homme confronté à un passé enfoui, celui d’agressions sexuelles subies dans l’enfance. Alors que les souvenirs resurgissent au fil d’une longue procédure judiciaire, la caméra devient un outil essentiel : non pas pour exposer la douleur, mais pour en reprendre la narration. Ceci est mon corps devient ainsi bien plus qu’un documentaire, une forme cinématographique de réappropriation de soi.
Ce qui frappe immédiatement, c’est la pudeur du regard. Le film mêle l’intime et le politique sans jamais céder au sensationnalisme. La caméra accompagne les hésitations, les silences, les confrontations, les moments de lucidité, laissant toute la place à une parole qui se construit lentement, avec dignité.
Le film assume aussi la complexité du réel : la lenteur de la justice, les failles du système, les silences familiaux, la difficulté de faire entendre sa voix. Et c’est précisément dans cette durée, dans cette absence de raccourci, que réside sa force. Le cinéma devient ici un espace de réparation, de compréhension, parfois même de résistance.
Ceci est mon corps est un film exigeant, nécessaire, profondément humain. Il ne cherche pas à être confortable, mais à être juste. Un film qui rappelle que derrière chaque dossier, chaque procédure, il y a des corps, des vies, et des histoires qui méritent d’être regardées et écoutées avec respect.
Un film qui laisse une empreinte durable, et qui continue de résonner bien après la sortie de la salle.
#CeciEstMonCorps #Documentaire2025 #CinémaEngagé #Mémoire #Justice #Trauma #FilmIntime #RegardJuste